Je suis Déborah et je suis atteinte d'une spondylarthropathie
3 ans pour un diagnostic. Une course d’endurance
Mon parcours avec la spondylarthrite
Tout a commencé en décembre 2016, avec un ganglion étrange découvert devant le miroir dans la chambre de mon fils. Une image gravée. Je suis infirmière au bloc opératoire, trop habituée aux « petits signes » qui cachent de grandes maladies. Mon instinct s’alarme.
S’enchaînent ensuite : essoufflements, perte d’appétit, perte de poids. Ma généraliste note les symptômes mais doute : « Tu ne serais pas anorexique ? ». Ce jour-là, je comprends qu’elle ne m’écoute pas.
C’est le début d’une longue étape médicale : généraliste, interniste, examens à répétition. Rien de concluant. Entre temps, je trouve du soutien en ligne, sur Carenity, des groupes Facebook, des amitiés qui tiennent encore aujourd’hui. Sans elles, j’aurais flanché.
Puis viennent les douleurs. Insoutenables. Mains, pieds, je ne tiens plus un stylo. L’interniste propose morphine et Plaquenil « au cas où ». Je me sens humiliée à la pharmacie, traitée comme une junkie. La morphine me brouille l’esprit mais ne calme rien. Alors il me redirige vers un centre de maladies rares.
Là, un autre interniste tente le méthotrexate. Sans effet. Je suis en arrêt, vidée, fonctionnant en « mode éco ». Mère, femme, patiente. J’alterne kiné, naturopathe en Allemagne, hypnose, compléments… À mes frais. Toujours pas de diagnostic.
2018 : Crise violente, douleurs, diarrhées, épuisement. L’interniste spécialisé ne propose rien. Mon mari m’accompagne à un nouveau rendez-vous : l’interniste « réputé ». Il parle plus à lui qu’à moi. Me traite de jeune mère débordée. Suggère de « laisser passer ».
Même la Sécu s’en mêle : « problème psy ? », « fibromyalgie ? ». Chaque rendez-vous devient un combat, une plaidoirie. Je finis par me débrouiller seule, obtenir une ordonnance de Colchimax. Et là, miracle : amélioration nette. Je retrouve de l’énergie, du mouvement. Preuve que ce n’était pas dans ma tête.
Je reprends le travail en septembre 2018, en temps partiel thérapeutique. Mais en décembre, rechute. Nouvelle hospitalisation : aucun examen, aucune prise en charge, juste des vitamines et un bonus de corticoïdes arraché de justesse. L’humiliation.
Mon corps lâche. Je lâche ma fille un jour, à cause d’une douleur soudaine. Elle rit, moi je pleure. La confiance est rompue. L’interniste me dit d’arrêter tout, de « méditer » et prendre des antidépresseurs. Je refuse.
Je demande à voir un rhumato. Elle ne sait plus quoi faire. M’adresse à son chef : le professeur. Miracle, rdv dans 3 semaines. Août 2019, je le rencontre. Il écoute. M’examine. Prescrit examens et méthotrexate en injection.
Décembre 2019 : diagnostic posé. Spondylarthropathie axiale non radiographique. Une maladie auto-immune invisible mais bien réelle. Enfin un traitement adapté. Immunothérapie. Coordination avec un dermatologue. La boucle est bouclée.
3 ans de doutes, de douleurs, de solitude. Mais aussi de résilience, d’alliances précieuses, de liens solides noués dans la douleur.
Je suis aujourd’hui « médaillée » d’une pathologie invisible, mais reconnue. Le podium, je l’ai atteint. À bout de souffle, mais debout. Et s’il y a bien un message que je veux faire passer, c’est celui-ci :
Changez de médecin jusqu’à être entendu. La douleur n’est jamais « dans la tête », elle est le cri du corps. Ne le laissez pas sans réponse.